Chocolat durable : innovations environnementales et avenir de la filière cacao

Produire un chocolat plus durable ne consiste pas simplement à remplacer un emballage plastique ou à planter quelques arbres. La filière cacao-chocolat forme une chaîne complexe qui commence dans les plantations tropicales et se poursuit avec la fermentation, le séchage, le transport, la transformation industrielle, l’emballage et la distribution.

À chacune de ces étapes, des innovations cherchent aujourd’hui à réduire les impacts environnementaux, mieux utiliser les ressources et renforcer la résilience des producteurs.

Parmi les principales pistes figurent :

  • l’agroforesterie ;
  • la valorisation des sous-produits du cacao ;
  • l’utilisation d’énergies renouvelables ;
  • la réduction et l’écoconception des emballages ;
  • la maîtrise des transports ;
  • la restauration des sols ;
  • la préservation de la biodiversité ;
  • l’amélioration de la traçabilité ;
  • la création de davantage de valeur dans les pays producteurs.

La durabilité du chocolat doit cependant être évaluée sur l’ensemble de son cycle de vie. Une innovation utile à une étape peut avoir des limites ou déplacer l’impact vers une autre.

Qu’est-ce qu’une innovation durable dans le cacao ?

Une innovation durable vise à améliorer une pratique, un produit ou un procédé tout en réduisant ses impacts négatifs à long terme.

Dans la filière cacao, cela peut concerner trois grandes dimensions.

L’environnement

Réduction des émissions, préservation des forêts, sols, eau, biodiversité et ressources.

L’économie

Amélioration de la productivité, réduction des pertes, création de valeur et résilience économique.

Le social

Revenus des producteurs, conditions de travail, organisation des filières et développement local.

Une véritable innovation durable doit donc éviter de résoudre un problème en en créant un autre.

L’économie circulaire appliquée au cacao

Le cacao génère de nombreux coproduits tout au long de sa chaîne de transformation.

Dans les régions productrices, la cabosse représente une quantité importante de biomasse après extraction des fèves.

La pulpe et le mucilage peuvent également être valorisés.

Plus tard, lors de la transformation, apparaissent d’autres flux tels que les coques de fèves.

Au lieu de considérer systématiquement ces matières comme des déchets, l’économie circulaire cherche à leur donner une seconde utilisation.

Les pistes étudiées comprennent notamment :

  • compost ;
  • amendements organiques ;
  • biomasse énergétique ;
  • boissons issues de pulpe ;
  • ingrédients alimentaires ;
  • fibres ;
  • biomatériaux ;
  • extraction de composés d’intérêt.

Découvrez Économie circulaire : Innovations Durables.

Tous les sous-produits du cacao peuvent-ils être valorisés ?

Potentiellement, beaucoup le peuvent, mais pas nécessairement de manière rentable ou durable.

Une valorisation doit prendre en compte :

  • collecte ;
  • transport ;
  • séchage ;
  • sécurité sanitaire ;
  • consommation énergétique ;
  • valeur du produit final.

Transformer un résidu avec un procédé très énergivore ou nécessitant un transport sur plusieurs milliers de kilomètres ne constitue pas automatiquement une amélioration environnementale.

Le principe le plus pertinent consiste souvent à rechercher une valorisation locale et adaptée au volume disponible.

Les cabosses de cacao comme ressource

Après ouverture, les enveloppes des cabosses représentent une grande quantité de matière organique.

Elles peuvent notamment être étudiées pour :

  • compostage ;
  • retour au sol ;
  • production de biochar ;
  • extraction de fibres ;
  • biomasse ;
  • alimentation animale dans certaines conditions et formulations adaptées.

Il faut toutefois tenir compte de leur humidité importante et de leur dégradation rapide.

La valorisation doit donc être pensée dès le lieu de production.

Cela peut créer de nouvelles activités économiques autour des exploitations plutôt que d’exporter une matière de faible valeur.

Valoriser la pulpe du cacao

La pulpe blanche qui entoure les fèves contient notamment des sucres, des acides organiques et des composés aromatiques.

Une partie est consommée pendant la fermentation.

Mais des initiatives cherchent également à valoriser une fraction de cette pulpe pour produire :

  • jus ;
  • boissons ;
  • sirops ;
  • ingrédients alimentaires.

Cette approche peut créer une source complémentaire de revenus.

Elle doit cependant être maîtrisée : retirer une quantité excessive de pulpe avant la fermentation pourrait modifier le processus et donc la qualité des fèves.

L’innovation doit donc conserver un équilibre entre valorisation du coproduit et qualité du cacao.

L’énergie renouvelable dans la transformation du cacao

La production de chocolat nécessite de l’énergie à plusieurs étapes :

  • séchage ;
  • torréfaction ;
  • broyage ;
  • raffinage ;
  • conchage ;
  • refroidissement ;
  • conditionnement.

Une partie de cette énergie peut provenir de sources renouvelables.

Les solutions dépendent du contexte :

  • photovoltaïque ;
  • solaire thermique ;
  • biomasse ;
  • biogaz ;
  • électricité renouvelable du réseau.

Découvrez Énergie renouvelable : Innovations Durables.

Mais « énergie renouvelable » ne signifie pas zéro impact.

Fabrication des équipements, occupation des sols, stockage de l’électricité et origine de la biomasse doivent également être pris en compte.

Peut-on utiliser les résidus du cacao comme énergie ?

Certains résidus lignocellulosiques peuvent être valorisés énergétiquement.

Cela peut prendre plusieurs formes :

  • combustion contrôlée ;
  • méthanisation de certains flux ;
  • pyrolyse ;
  • production de biochar.

Mais l’utilisation énergétique entre parfois en concurrence avec d’autres usages.

Une matière organique peut par exemple être plus utile pour restaurer les sols que comme combustible.

Le choix dépend donc du contexte local et doit idéalement être évalué sur l’ensemble du cycle de vie.

Des emballages de chocolat plus durables

Le chocolat doit être protégé contre :

  • humidité ;
  • odeurs ;
  • lumière ;
  • oxygène selon la formulation ;
  • contamination ;
  • chocs.

L’emballage remplit donc une véritable fonction technique.

L’objectif n’est pas simplement de supprimer tout emballage, mais d’obtenir la protection nécessaire avec le minimum de ressources et une fin de vie adaptée.

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Biodégradable ne veut pas dire écologique dans toutes les situations

Le terme biodégradable est souvent mal compris.

Un matériau biodégradable ne disparaît pas nécessairement rapidement dans la nature.

Sa dégradation peut nécessiter :

  • une température déterminée ;
  • de l’humidité ;
  • des microorganismes adaptés ;
  • une installation industrielle de compostage.

La Commission européenne souligne justement que les plastiques biosourcés, biodégradables et compostables sont des catégories différentes et que leur intérêt dépend fortement de leur usage et de leur gestion en fin de vie.

Le meilleur emballage n’est donc pas automatiquement celui qui porte le mot « biodégradable ».

Réduction avant substitution

Dans une logique d’économie circulaire, la première question devrait souvent être :

peut-on utiliser moins de matière ?

Avant même de remplacer un plastique par un autre matériau, plusieurs pistes sont possibles :

  • alléger les emballages ;
  • supprimer les éléments décoratifs inutiles ;
  • utiliser une seule matière lorsque c’est possible ;
  • améliorer la recyclabilité ;
  • favoriser des emballages réutilisables dans certains circuits.

L’Union européenne renforce d’ailleurs actuellement cette logique de prévention, de réduction et de recyclabilité des emballages.

Transport du cacao : où se trouve l’enjeu ?

Le cacao parcourt souvent de longues distances.

Les fèves sont majoritairement produites dans les régions tropicales puis transportées vers les principaux centres de transformation et de consommation.

Réduire l’impact logistique peut passer par :

  • optimisation du remplissage ;
  • meilleure planification ;
  • transport maritime plus efficace ;
  • réduction des trajets inutiles ;
  • électrification de certaines étapes routières ;
  • transformation plus proche des régions productrices.

Découvrez Transport décarboné : Innovations Durables.

Le terme « décarboné » mérite toutefois d’être utilisé avec prudence.

Un transport peut être moins carboné sans être réellement exempt d’émissions.

Transformer davantage le cacao dans les pays producteurs

Une autre piste de durabilité concerne la localisation de la valeur ajoutée.

Exporter uniquement des fèves brutes signifie qu’une grande partie de la transformation et de la valeur économique est réalisée ailleurs.

Développer localement :

  • fermentation maîtrisée ;
  • centres de séchage ;
  • broyage ;
  • beurre et poudre de cacao ;
  • chocolat fini

peut permettre à certains territoires producteurs de conserver une part plus importante de la valeur.

Cela ne garantit cependant pas automatiquement une meilleure rémunération des cultivateurs.

La structure commerciale de la filière reste déterminante.

Agriculture régénératrice et cacao

Le terme agriculture régénératrice est de plus en plus utilisé.

Dans une cacaoyère, il peut recouvrir différentes pratiques visant notamment à améliorer :

  • couverture du sol ;
  • matière organique ;
  • biodiversité ;
  • infiltration de l’eau ;
  • structure du sol.

Les techniques peuvent inclure :

  • couverture végétale ;
  • compost ;
  • agroforesterie ;
  • réduction de l’érosion ;
  • diversification des espèces.

Découvrez Agriculture régénératrice : Innovations Durables.

Il n’existe toutefois pas une définition mondiale unique et juridiquement harmonisée de « l’agriculture régénératrice ».

Il vaut donc mieux décrire précisément les pratiques utilisées plutôt que considérer le terme comme une garantie de performance environnementale.

Agroforesterie : produire du cacao avec des arbres

L’agroforesterie cacaoyère associe les cacaoyers à d’autres arbres.

Ces arbres peuvent contribuer à :

  • créer de l’ombre ;
  • modifier le microclimat ;
  • fournir de la biomasse ;
  • protéger le sol ;
  • diversifier les productions ;
  • stocker davantage de carbone dans la biomasse.

Ces systèmes peuvent aussi offrir davantage d’habitats que des plantations très simplifiées.

Cependant, leur performance dépend fortement :

  • des espèces ;
  • de la densité d’arbres ;
  • du climat ;
  • de la disponibilité en eau ;
  • de leur entretien.

L’agroforesterie doit donc être conçue comme un système agronomique, pas comme la simple plantation de quelques arbres.

Cacao et stockage du carbone

Les arbres et les sols stockent naturellement du carbone.

Ajouter ou maintenir des arbres dans une cacaoyère peut donc augmenter les stocks de carbone par rapport à certains systèmes fortement simplifiés.

Découvrez Capture carbone : Innovations Durables.

Je privilégierais toutefois le terme « stockage du carbone en agroforesterie cacaoyère » plutôt que « capture carbone ».

La capture industrielle de CO₂ et la séquestration biologique dans les arbres et les sols sont des mécanismes très différents.

Planter des arbres ne compense pas automatiquement les émissions

Cette distinction est fondamentale.

Le carbone stocké dans un arbre peut être relâché si :

  • l’arbre est coupé ;
  • la plantation brûle ;
  • les sols sont dégradés ;
  • l’usage des terres change.

Le stockage biologique possède donc une notion de durée et de permanence.

La priorité reste la réduction des émissions évitables.

Le stockage additionnel du carbone peut constituer un complément, mais pas une justification pour maintenir toutes les émissions ailleurs dans la chaîne.

Biodiversité fonctionnelle des cacaoyères

La biodiversité ne correspond pas seulement au nombre d’espèces présentes.

La biodiversité fonctionnelle s’intéresse aussi aux fonctions remplies dans l’écosystème :

  • pollinisation ;
  • décomposition de matière organique ;
  • contrôle biologique ;
  • cycle des nutriments ;
  • création d’habitats.

Découvrez Biodiversité fonctionnelle : Innovations Durables.

Dans les systèmes cacaoyers, la végétation associée peut jouer plusieurs de ces rôles.

Mais la biodiversité d’une agroforêt reste généralement différente de celle d’une forêt naturelle.

Il ne faut donc pas présenter une plantation agroforestière comme l’équivalent écologique d’un écosystème forestier intact.

Protéger les forêts existantes reste prioritaire

Planter des arbres dans une exploitation constitue une mesure intéressante.

Mais éviter la destruction d’une forêt naturelle existante est généralement beaucoup plus important pour :

  • biodiversité ;
  • carbone ;
  • sols ;
  • cycles hydrologiques.

Le cacao durable nécessite donc à la fois :

production sur les surfaces existantes,
restauration lorsque cela est pertinent,
absence d’expansion au détriment des forêts naturelles.

Cette question est particulièrement importante en Afrique de l’Ouest.

Commerce équitable et revenu des producteurs

La durabilité n’est pas uniquement environnementale.

Un producteur disposant d’un revenu très faible possède moins de capacité à :

  • renouveler ses arbres ;
  • investir dans l’agroforesterie ;
  • financer les intrants ;
  • améliorer la fermentation ;
  • supporter une mauvaise récolte.

Découvrez Commerce équitable 2.0 : Innovations Durables.

Mais il faut corriger une formulation essentielle :

une certification équitable ne garantit pas automatiquement à chaque producteur un revenu décent.

Elle peut apporter des mécanismes de prix minimum, primes, organisations collectives ou standards sociaux selon le système concerné, mais le revenu final dépend de nombreux facteurs.

« Commerce équitable 2.0 » : terme à manier avec prudence

L’expression est intéressante éditorialement mais ne correspond pas à une catégorie officielle universelle.

Pour France Chocolat, je la définirais comme l’évolution vers des filières associant davantage :

  • traçabilité ;
  • rémunération ;
  • gouvernance ;
  • données numériques ;
  • critères environnementaux.

Mais il faut éviter de présenter la blockchain comme un système garantissant automatiquement une juste rémunération.

Une technologie de traçabilité enregistre des données ; elle ne fixe pas à elle seule le partage économique de la valeur.

Circuits courts et cacao : une notion particulière

Le cacao pousse uniquement dans les régions tropicales.

Un consommateur français ne peut donc généralement pas acheter un chocolat dont toute la chaîne serait « locale » au sens géographique.

Découvrez Économie locale : Innovations Durables.

Pour le cacao, la notion de circuit court est plus intéressante lorsqu’elle signifie :

  • moins d’intermédiaires ;
  • relations directes avec les producteurs ;
  • transformation locale dans le pays d’origine ;
  • meilleure transparence contractuelle.

Circuit court ne signifie donc pas nécessairement courte distance.

Et une distance plus courte ne garantit pas automatiquement une empreinte carbone plus faible : le mode de transport et l’efficacité logistique comptent également.

Quel sera le chocolat durable de 2050 ?

Il est impossible de prédire précisément le chocolat de 2050.

Mais certaines directions sont déjà visibles.

Le cacao futur pourrait être davantage :

  • traçable ;
  • cultivé sous systèmes diversifiés ;
  • adapté aux contraintes climatiques ;
  • transformé avec moins d’énergie ;
  • valorisé dans son intégralité ;
  • emballé avec moins de matière ;
  • suivi numériquement.

Découvrez Futur du chocolat : Innovations Durables.

Il faut cependant éviter les scénarios catastrophistes du type « le chocolat va disparaître en 2050 ».

Le changement climatique modifie les risques et la géographie potentielle de production ; il ne permet pas d’annoncer une date d’extinction du chocolat.

Innovation technologique ou changement de modèle ?

Une grande partie des solutions durables ne nécessite pas nécessairement une technologie spectaculaire.

Parfois, les innovations les plus importantes consistent à :

  • mieux payer ;
  • mieux fermenter ;
  • conserver les arbres ;
  • couvrir les sols ;
  • réduire les pertes ;
  • utiliser moins d’emballage ;
  • partager davantage de valeur avec les pays producteurs.

Technologie et organisation doivent donc progresser ensemble.

Un capteur ou une blockchain peut aider.

Mais aucune technologie ne remplace une gouvernance efficace de la chaîne d’approvisionnement.

Comment mesurer réellement la durabilité d’un chocolat ?

Il ne suffit pas d’observer une seule caractéristique.

Une analyse sérieuse doit considérer :

Culture

Déforestation, rendement, intrants, biodiversité et sols.

Producteurs

Revenus et conditions socio-économiques.

Transformation

Consommation d’énergie et efficacité des procédés.

Transport

Distances, modes de transport et logistique.

Emballage

Quantité de matière et fin de vie.

Gaspillage

Pertes tout au long de la chaîne.

L’analyse du cycle de vie permet précisément de comparer plusieurs impacts depuis la production des matières premières jusqu’à la fin de vie du produit.

Explorer les innovations durables du cacao

Pour approfondir chaque sujet :

Découvrez également Le Chocolat Durable, Changement Climatique et Adaptation et l’ensemble du dossier Science et Innovation.

Que retenir des innovations durables dans le chocolat ?

Il n’existe pas une technologie unique capable de rendre le chocolat durable.

La transition repose sur une combinaison de solutions :

agroforesterie + protection des forêts + valorisation des coproduits + énergie mieux maîtrisée + emballages optimisés + traçabilité + rémunération des producteurs + réduction des pertes.

Les meilleures innovations ne seront pas nécessairement les plus spectaculaires.

Elles seront surtout celles capables de produire des résultats environnementaux et sociaux mesurables tout en restant accessibles aux producteurs et économiquement viables sur le long terme.

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